Découvrez la playlist The show must go on de colocablogueuses

« 2008-12 | Page d'accueil | 2009-02 »

29.01.2009

Le pronostic vital n'est plus engagé

 

Emmitouflée sous ma couette, rien ne dépasse.

Je suis malade

J’ai mis la polaire que je porte au ski et j’ai toujours froid…

Il est doit être autour de deux heures de l’après midi, je suis chez moi. Les autres sont en cours.

 

 

Vendredi,

Il est 16h30 à ma montre, (celle que j’ai eu pour Noël).

Troisième étage, deuxième heure de maths sur 3.

A ma gauche deux rangées de terminales épuisés, excités par la perspective du week-end,

A ma droite, Béatrice qui somnole, et qui gribouille sur ces exercices, en haut une mouche, sans doute une drosophile. J’ai les jambes croisées, je suis un peu voutée, comme souvent quand je suis fatiguée j’ai l’air encore plus petite…

 

 

Je loupe une interro d’anglais, c’est dommage j’avais bien révisé.

Je me dis ça tout en me repliant mes genoux contre mon ventre. Je me fonds dans le matelas et deviens une boule sous une couette…

 

Derrière moi, des visages…ah oui et devant moi, l’éducation nationale.

Les radiateurs sont aussi abîmés que ma table, ma ceinture, ma gomme, et mon humeur.

Je m’ennuie. Je me demande bien ce que je fais là

 

C’était sur le végétarisme et j’avais appris comment dire « la viande me dégoûte ».

En regardant les équations différentielles défiler je me dis que je serais tellement mieux à jouer de l’ukulele…

 

Je suis un peu comme dans un état second, j’ignore l’heure qu’il est.

 

Je le sens le soleil qui essaie de percer mes vitres et s’engouffrer dans ma chambre…

…à manger des biscottes, à lire du Novarina ou à danser le jerk.

Ce sale soleil trompeur, C’est dur à dire ça « sale soleil ». Au fond de mon lit, avec une voix rauque je tente de répéter très vite « sale soleil ».

 Je suis quand même, je vous assure. Comme ça on pourrait croire que je dors en cours de maths mais c’est pas vrai,…

…Il y a un vieux fémina à côté de mon lit, « la beauté ne s’arrête pas à la ménopause » affirme une vieille mannequin aux dents plus blanches que du chlorure d’argent. Je lis mécaniquement sans comprendre ni analyser la phrase.

 La preuve, la prof demande qui veut faire l’exercice 3 page 152. Je lève la main d’une manière si vive que je réveille Béatrice.

Espérons que tout ça soit dû à la fièvre

 

Je ne remarque même pas à quel point la phrase est ridicule. Elle continue à me hanter jusqu’à ce que je m’endorme « la beauté ne s’arrête pas à la ménopause… »

Il semblerait que j’ai un vague air de Peter Pan au tableau.

 « La beauté ne s’arrête pas… »

 

Je ne vois pas en quoi le fait d’avoir un marqueur plein d’agents mutagènes qui puent dans les mains me transforme en habitant du pays imaginaire mais passons.

« La beauté… »

  

 

Je tente de me lever et m’écrase de nouveau. Je me sens droguée, qu’y avait il dans l’Advil ?

 

J’ai le ventre qui gargouille, j’ai mangé deux cuillères de riz à midi.

 

Je vais toujours pour les exercices faciles, il ne faut pas exagérer non plus…Pendant que l’on me corrige, je remarque que le mec du premier rang a une peluche Némo sur sa trousse. Je trouve ça tout à fait charmant.

 

Je vais me rasseoir. Béatrice se met à griffonner sur ma feuille pendant que je corrige mes fautes…Dans quelques secondes je ferai semblant de m’offusquer devant le joli « Prout » qu’elle aura écrit …dire que ça sera architecte…

 

J’ai envie d’un chocolat chaud à la banane. Mais il faut se lever. « Jeanne, Béatrice on se tait ! » Ca me surprend toujours d’entendre mon prénom avec autant d’autorité dedans. J’ai toujours le cœur qui fait un mouvement sinusoïdal. Donc on se tait…mais je souris intérieurement.

 Je soulève ma couette, chose affreuse, l’air me semble un tsunami de glace.

 

17h05, le plus beau moment de ces trois heures, la lumière. Béatrice et moi on regarde toujours avec de grands yeux ces rayons dorés qui rendent la pièce moins laide. Sous la lumière douce de la fin d’après midi, les imaginaires purs le sont plus encore…

On ne pourrait pas peindre ce que l’on voit là impossible, ce serait mauvais et dénaturerait tout. On pourrait peut être la métaphoriser cette lumière ? Je sais pas cette lumière ce serait une chanson de Cat Power, une scène de Tchekhov ou une crêpe à la confiture de fraise.

 

J’ai tellement envie de ce chocolat que je fais preuve d’un brin de courage et je me dis que je pourrais être en train de chercher comment on dit « l’augmentation du nombre de végétariens est due en partie à la peur de la maladie de la vache folle »

J’ai un vague air de Belphégor,

Je sors rapidement de ma rêverie, puisque je dois chercher encore un exercice.

 mais le vieux celui avec Juliette Gréco.

Béatrice me demande où on en est, je la dispute gentiment, en fronçant les sourcils comme deux racines carrées, de toute façon ça ne sert à rien.

J’entends la conversation de mes voisines derrière, l’une demande pourquoi l’autre n’a pas mangé à midi. Elle répond que la viande l’a dégoûte.

Je traîne, je descends lentement mollement les escaliers, un paquet cubique de mouchoirs. Il est moche, y’a Némo dessus.

Je me bois un demi litre de chocolat, c’est délicieux c’est agréable, ça rempli le ventre et c’est brûlant des lèvres à la gorge jusqu’au nombril.

 

Ca sonne, je range (très mal) mes feuilles dans mon classeur, ferme mon sac.

Il est 15h ils doivent en être au vrai/faux « vegetarians don’t eat eggs »…

Je sors.

…non c’est pas vrai.

C’est bizarre quand je suis malade j’ai les yeux qui ressortent, on dirait des obus…ça fait très peur.

Une immonde publicité accrochée devant la gare présente une vieille mannequin sur le retour qui déclare rayonnante « la beauté ne s’arrête pas à la ménopause !». Ca me fait rire.

 

Je vais m’affaler sur le canapé, je m’endors lourdement il est 16h30……… Je vois double…..

 

« meats puts me off ....»

 

 

 

 

 

Jeanne

 

 

 

 

25.01.2009

Même pas mal

blabla.JPG

20.01.2009

"In a word, overrun"

P6030218.JPG

Collines et opposants, ces choses font naitre en nous bien des émotions.

Tes mots sont explosifs, peut-être n’est-ce qu’une autre de tes parties émotives.

 

On chope des balles avec les dents, ce n’est pas dur à faire une fois qu’on sait comment.

Nous sommes le 20 Janvier, et c’est aussi le jour qu’ouvre le très célèbre portail d’admission post-bac. Je passe des heures sur Internet, et je me rends compte que ces clics vont être parmi les plus importants de toute ma vie…c’est un peu ce qu’on va faire comme étude…donc un peu ce qu’on va faire comme métier…donc un peu ce qu’on va faire pendant près de 40 ans. Flippant ?

 

On chope des balles avec les dents, bien qu’ils s’échinent à ne pas nous dire comment.

Nous sommes le 20 Janvier, et il nous reste 6 mois avant le très célèbre Bac. Ah, il est attendu ce bac. Redouté, et pourtant tout le monde l’aura. Mais ca marque une limite le Bac, ce sera la fin de notre lycée. De ces 3 années passées dans une optique de liberté, d’apprentissage, de maturité. C’est peut-être ça qui est redouté.

 

On chope des balles avec les dents, c’est dur à faire mais c’est si doux.

Nous sommes le 20 Janvier, et nous jouons contre le temps. Parce qu’il n’y aura plus de cantine, plus de tarots, plus de délires, plus de mangeade en ville, plus de petits plaisirs, ou il n’y en aura mais ce sera si différent.

 

On chope des balles avec nos têtes, nos cœurs et toute notre noirceur.

Nous sommes le 20 Janvier, et je suis blasé. Fatigué. Fatigué d’agir, triste de ce flot de tragédie qui m’envahit. Who cares ?

Parce que j’ai 15 ans et que je m’apprête à vivre à des centaines de kilomètres de tout, parce que je suis en hypoglycémie et que mon cerveau n’arrive pas à tout assimiler, parce que je ne suis pas un génie, et loin de l’être d’ailleurs, mais que je m’apprête à tenter la filière qui physiologiquement, demande le plus d’efforts, parce que cela fait 3 ans que je tisse des liens, avec des gens, certains amis dont la rupture rendra malheureux, d’autres dont la rupture me rendra malheureux. Parce que je ne suis pas une machine.

 “From morning to night…no more than alive, I barely survive, in a word, overrun” [“Wearing the inside out”, Pink Floyd]

 

On chope des balles avec tout ce qu’on peut, on est content, puis malheureux, on crie, on crie, on crie, l’inéluctable doute.

Nous sommes le 20 Janvier, et je n’ai pas le droit d’être blasé. Pas le temps. Je dois aller mieux. Même si c’est tragique, même si c’est effrayant, même si je ne peux pas regarder des photos sans penser que ce sera sujet clos.

 

 

L’inéluctable doute. Avenir, amis, bonheur, vie.

 

TOP CHRONO.

 

Et c’est parti. Bientôt nous serons le 21, puis le 22, puis le 23, puis le 24 Juin, il sera midi et nous finirons l’épreuve d’Histoire. Et ce sera déjà une vague de personnes que je ne verrai plus.

 

Puis je prends du recul. Et je me dis qu’étant donné que la vie n’a qu’un seul but, qu’est celui d’être heureux, je ne dois pas penser à tout ça. Ou plutôt, agir au mieux, être heureux, pour ne pas regretter.

“I murmured a vow of silence and now. I dont even hear when I think aloud” [“Wearing the inside out”, Pink Floyd]

 

Et c’est ce que je ferai. Je serai heureux et je ferai tout ce qui me fait plaisir cette année. J’éloignerai ce qui nuit à mon bonheur et je m’allongerai sur le sol. En écoutant les Pink Floyd, en riant de la dernière blague pourrie, en racontant une histoire marrante. Et comme il le dirait si bien : “Faut que tu t’en foutes”.

 

Pour ne pas regretter. Parce qu’il n’y a pas pire que d’avoir des regrets.

 

Et voilà le plan théorique. Mise en pratique ?

 

Hocine.

 

(Et je vous laisse deviner à quelle chanson les mots en gras et italiques font allusion : c’est facile)

03.01.2009

.

Toutes les notes